11/09/2013

Un Faune dans l'hôtel de ville

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 Carcassonne possède deux villes longtemps rivales, la Cité et la Bastide séparées par une frontière que l'on situe au milieu du Pont vieux. Elle possède également deux mairies; la première construite sur son aînée en 1935 dans la rue Courtejaire, la seconde dans la rue Aimé Ramond depuis 1977. Au bas de l'escalier d'honneur de la première, sur un socle est posée une sculpture en marbre blanc. Quand on y regarde de plus près, on s'aperçoit que cet angelot possède deux cornes au front, une queue en tire-bouchon, un regard un peu diabolique et des pattes de chèvre. Il s'agirait d'un Faune et plus exactement de Pan, divinité romaine protectrice des troupeaux. Quand on sait qu'à cet endroit des générations de mariés se sont fait photographier, on est amusé par ce symbole...

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Cette œuvre est datée de la fin du XIXe siècle; elle est donc antérieure à la construction du bâtiment. Pan dans une mairie c'est un peu cocasse, car on le verrait bien dans un parc ou dans un jardin. N'y était-il pas à l'origine? Voilà qui demande vérification...

Le "Petit faune" est une oeuvre en marbre du sculpteur français Hubert Lavigne (1818-1882) qui obtint la troisième place au Prix de Rome en 1843. La date de création (1865) et le nom de l'artiste sont gravés au dos de cette pièce. D'après le Catalogue interministériel des dépôts d'oeuvres d'art de l'état, elle fut acquise en salon de 1866 et déposée dans les collections du Musée des Beaux-arts de Carcassonne, deux plus tard. Par déduction, nous avançons l'hypothèse tout à fait raisonnable, qu'elle fut placée à la mairie lors de sa construction au début des années 1930.

À quel salon participa Lavigne? Au salon des artistes français de Paris:

"Quant à M. Lavigne, on peut lui dire, sans craindre
de lui tourner la tète, que son Petit faune à la vipère
est une des pièces intéressantes de notre exposition
de sculpture; non-seulement parce que le sujet est
spirituellement conçu, et que ce petit sauvageon
d'enfant fait une grimace comique en secouant la
vermine rampante qui s'entortille à son pied. Il ne
faudrait rien de plus, je le sais, pour éveiller l'atten-
tion du public et pour assurer à ce faune une place
d'honneur à l'étalage des marchands de bronze;
mais j'ai autre chose à louer dans l'ouvrage de
M. Lavigne. La petite tête est d'une finesse remar-
quable, sous ses cheveux de marcassin effarouché ; le
ventre est bien modelé, et le dos fait un bon revers
à la médaille ; il y a de jolis morceaux dans les bras,
et le genou, que j'ai gardé pour la bonne bouche,
ne déparerait pas l'œuvre d'un homme fait."

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