08/08/2017

Madame Mars (1748-1837). Une Carcassonnaise à la Comédie française

Nous allons évoquer le souvenir d'une comédienne dont, de toute évidence, les historiens locaux du XXe siècle n'ont jamais parlé. Après tout, peut-on raisonnablement leur reprocher de ne pas tout savoir ? Dommage, car cette Carcassonnaise fut la mère d'une très célèbre comédienne de la Comédie française. Il se dit même - on peut le croire - que Napoléon 1er apprécia beaucoup sa fille, jusque dans ses moindres contours...

Mademoiselle Mars

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Même si certains aventuriers de l'histoire osent prétendre sans preuves, que Madame Mars serait née à Marseille, nous faisons ici la démonstration qu'elle est bien née à Carcassonne. Ce n'est pas parce que l'on a l'accent méridional que cela justifie d'être natif de la Provence. Jeanne-Marguerite Salvetat naquit à Carcassonne le 19 février 1748 dans la paroisse Saint-Michel, de François Salvetat (Maître charron) et de Raymond Cucurous. D'après les relevés effectués par Bonnelevay en 1729 et transcrit par Mahul dans son cartulaire, nous pouvons situer la maison des Salvetat au numéro 2 dans le carron de Grandié (actuelle rue du Pont vieux).

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A gauche de la boucherie Rabat

Jeanne-Marguerite Salvetat s'était amourachée de Jacques-Marie Boutet, un célèbre comédien de passage à Carcassonne et contre l'avis de sa famille, elle s'était enfuit avec lui. Pour échapper aux recherches lancées à son encontre, elle prit le pseudonyme de Mars. La petite Carcassonnaise à la beauté sans égales, fit ses débuts à la Comédie française au mois de mai 1778 dans le rôle de Mérope. S'il est admis qu'elle n'eut que sa beauté pour défendre un piètre talent, il faut considérer plutôt son accent méridional très prononcé, comme la source principale de cette critique. Jouer le grand répertoire de la Comédie française avec la voix rocailleuse de Carcassonne, n'était pas du goût du public parisien. Elle ne put d'ailleurs pas se présenter pour cette raison à la cour de Versailles. Madame fut congédiée du Français trois ans plus tard, en 1782. 

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© Piasa

Buste de Jacques-Marie Boutet

Le 9 février 1779, elle met au monde rue St-Nicaise à Paris, Anne-Françoise Hippolyte Boutet, la fille de Monvel connue plus tard sous le nom de Mademoiselle Mars. L'acte de baptême stipule qu'elle est l'épouse de Jacques-Marie Boutet, bourgeois de Paris. Or, ils ne sont pas mariés. Pourquoi Monvel a t-il travesti sa profession de comédien ? L'acte pourrait être considéré comme faux, mais à la marge un jugement du 1er décembre 1847, ordonne la rectification de l'acte de baptême de Mlle Mars.

"Le nom de Mars me vient de ma mère. Ma mère habitait Carcassonne, était de bonne famille, et très belle. S'étant laissé enlever, elle entra au théâtre, où, pour dérouter sa famille, qui poursuivait son ravisseur, on lui donna plutôt qu'elle ne le prit le nom de Mars. Ce nom se perdit dans les coulisses, et voici à quelle occasion il me fut rendu à titre d'héritage. Une tireuse de carte que j'allai consulter un soir en compagnie de Talma, m'annonça un immense succès et un grand nombre de conquêtes ; la prédiction fut ébruitée et désormais Mars devint mon "nom de guerre." (Souvenirs anecdotiques de Mlle Mars / Elisa Aclocque)

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Mademoiselle Mars en 1823

Jacques-Marie Boutet qui avait promis à Jeanne-Marguerite Salvetat de l'épouser, partit pour la Suède à l'invitation du roi Gustave III. Loin des yeux, loin du cœur... Dans les premiers temps de son absence, il lui écrivit souvent puis de moins en moins. Après un éloignement de six années, Monvel revint de Suède. Là-bas, il s'était marié avec Mlle de Cléricourt. De cette union, Joséphine était née ; tout ceci mit en fureur Jeanne-Marguerite ce qui ne sembla pas ébranler Monvel. D'après les mémoires de Mlle Mars, sa mère "s'emportait, elle était fort vive, une tête de Carcassonne ! Reproches incessants, soupçons jaloux, menaces viriles..." Hippolyte Boutet (Mlle Mars) sera élevée par Valville, un comédien qui avait sa mère pour maîtresse. C'est lui qui lui apprendra la comédie.

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Baptiste aîné et Mlle Mars

Mademoiselle Mars fut la plus parfaite des comédiennes de sa génération. Inimitable dans les rôles d'ingénues, excellente dans les pièces de Marivaux, elle s'acquit une grande réputation dans les rôles d'Elvire (Tartuffe) et de Célimène (Misanthrope). Il ne nous appartient pas ici de retracer sa biographie ; ce serait bien trop long. Elle mourra le 20 mars 1847 au N° 13 de la rue Lavoisier à Paris, à cause d'avoir voulu toujours rester jeune. C'était une obsession chez elle...

"Mlle Mars a toujours évité de paraître sur la scène de Carcassonne. Fille de Monvel et d'une Carcassonnaise, elle remplaça le nom de famille de sa mère, qui était Salvetat, par celui qui devait populariser plus tard la grande comédienne. On peut supposer qu'il ne lui convenait pas d'appeler l'attention et les propos du public sur l'irrégularité de son origine. Ceux qui n'ignoraient pas ces circonstances ont dû remarquer dans "La comédienne", dont le rôle principal fut écrit et établi au théâtre par Mlle Mars, ce vers que le poète mis dans la bouche de la soubrette "Madame, en voyageant me prit à Carcassonne." (Jacques-Alphonse Mahul)

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Caveau de Mlle Mars au Père Lachaise

Jeanne-Marguerite Salvetat (Madame Mars), native de Carcassonne, vécu jusqu'à l'âge de 90 ans à Versailles aux côtés de sa fille aînée. Elle mourut en janvier 1837 et fut inhumée au cimetière d'Auteuil. Seule sa fille, Mademoiselle Mars, passa à la postérité.

Sources

Souvenirs anecdotiques de Mlle Mars / Elisa Aclocque / 2015

Mémoires de Mlle Mars / 1849

ADA / Registre de l'Etat-Civil 

Cartulaire de Mahul / Plans de la Ville basse

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