20/02/2015

L'action résistante de Robert Tauziès dans le secteur de Lézignan-Corbières

Je voudrais vous faire partager un document dactylographié inédit, émanant des Archives de l'Aude datant de la Libération. Il a été rédigé par le Comité Local de Libération Nationale de Lézignan. Ce texte évoque les actions de Robert Tauziès au service de la France Libre.

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Le cours de la République à Lézignan

Nommé à la direction du Crédit Lyonnais de Lézignan, en août 1940, après sa démobilisation, il fait de son agence une succursale Gaulliste ; ainsi baptisée par des membres influents de la Légion. Il entre ouvertement en conflit avec les légionnaires, ainsi qu'avec toute personne attaquant directement ou indirectement l'action du général de Gaulle ; il transmet ou fait transmettre par son personnel, qui lui est entièrement dévoué, toutes les nouvelles ou instructions de la Radio Française de Londres.

Au point de vue professionnel, il refuse de participer au financement du marché allemand, conclu par le syndicat des vins, alors que certaines banques de la place proposent leur concours. Il aide à la formation d'un clan Gaulliste, à la tête duquel se trouve Oswald, pour saper l'influence de la Légion au sein du Conseil municipal, pour aboutir finalement à la désagragation de cet organisme Vichyssois. Il insiste particulièrement pour que des Gaullistes notoires soient inclus au Conseil municipal, et plus particulièrement Tallieu et Oswald.

Le champ était ainsi libre pour lui permettre avec Oswald de fabriquer de fausses cartes d'identité (50 à 60). De nombreuses cartes d'alimentation, dérobées par Oswald étaient distribuées aux réfractaires, et Tauziès remit des jeux entier à Graille pour les maquis.

Dès 1941, Oswad avait envisagé, avec le colonel Picard, la possibilité de créer des mouvement de résistance ; peu de temps après, étant rentré en contact avec Jean-Paul Léry, Tauziès fut désigné comme agent de liaison, transportant des documents importants à Carcassonne ; lesquels parvenaient au commandement allié. Léry était reçu chez lui et ce travail dura jusqu'au 22 septembre 1943, date de l'arrestation de ce grand français qui fut fusillé le 5 novembre 1943.

Afin de coordonner l'action de résistance, son chef de secteur lui demande d'essayer de se mettre en contact avec les chefs de la Résistance de l'Aude. Après de nombreuses démarches, il parvient à déceler Sablé, et le fait toucher par M. Claustres, son beau-frère. Il obtint un rendez-vous au Crédit-Lyonnais de Carcassonne, auquel il se rend avec Oswald. Dès cette époque, il se tient en contact avec Sablé, Graille, Myriel [Jean Bringer, NDLR], Georges... et transporte à Lézignan toutes les circulaires et instructions qui lui étaient remises à la suite des réunions tenues au Café du Nord [actuel, café du Dôme. NDLR], et auxquelles il assistait.

Recevant des ordres de Carcassonne pour organiser des réunions clandestines à Lézignan, soit dans son bureau, soit chez Oswald, ou chez Vidal, instituteur, il s'acquitte merveilleusement de sa tâche et tout se passe bien.

En juillet 1944, Sablé lui remet un bon de 500.000 francs parachuté d'Alger, et place ce bon chez un de ses clients, accompagné de son chef de secteur. L'argent fut remis à Graille par fraction.

Quelques temps après, Sablé lui demande de s'assurer de la police ; il rend compte à son chef de secteur, et convoque à la mairie le chef de brigade Chabbal ; celui-ci paraissant hésiter de se mettre à la disposition de la Résistance au jour indiqué. Tauziès et Oswald menacent de le descendre au cas où il n'accepterait pas ; l'accord fut conclu pour qu'il obéisse aux ordres insurrectionnels qui lui seraient donnés le jour J.

Georges et Sablé convoquent Tauziès à Carcassonne pour lui remettre le plan du cable téléphonique reliant Narbonne-Carcassonne ; avec ordre de le faire sauter ; il emporte ce plan à Lézignan, où les membres du Comité actif l'étudient. Huit jours après le cable sautait à la borne 222.

Les évènements se précipitèrent et le 19 août 1944, le capitaine Oswald lui ordonna de faire la liaison avec Carcassonne par n'importe quel moyen.  Toutes les communications étant coupées, il réquisitionne d'ordre de la Résistance, un garde-voie avec sa moto et muni d'un faux ordre de mission, il part vers Carcassonne. Plusieurs fois arrêté par les troupes allemandes en retraite, il est retenu à Trèbes où s'agit de traverser les lignes allemandes. De nouveau arrêté, adossé contre un arbre, il doit son salut à la confusion soudaine apportée par une autre colonne allemande se dirigeant sur Béziers.

Il arrive à Carcassonne, trouve Sablé dans la cour de la mairie, recueille ses conseils et ses ordres, puis se rend au Comité départemental qui siégeait clandestinement rue de la préfecture ; il y rencontre Guille [Georges Guille sera député de l'Aude. NDLR] et Milhaud au moment où la fusillade crépite dans la rue.

Il repart à Lézignan, rejoint son chef de secteur Oswald et organise avec lui la direction de tous les services de la ville. Il participe aux arrestations, interrogatoires, travaillant nuit et jour pour seconder son chef, dont la charge est écrasante.

Il organise des patrouilles, aide à la capture de prisonniers et demande à participer à la bataille de Rieux-Minervois, où il part avec la section de Lézignan. Le commandant Bousquet fit connaître , le lendemain, comment s'était comportée cette section.

Actuellement, les pouvoirs publics prenant peu à peu la direction des affaires, M. Tauziès, membre du Comité local actif de Libération, continue à servir son pays dans la Résistance.

Fait à Lézignan, le 17 novembre 1944.

robert tauziès

Note du blog

D'après mes recherches, il n'y a pas de rue Robert Tauziès à Lézignan-Corbières. Une lacune fort dommageable... Je ne possède pas de photographie de Robert Tauziès, hélas.

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