14/04/2017

Quand le Centre dramatique "les tréteaux du midi" programmait le Festival de la Cité

Entre 1968 et 1975, le Centre dramatique National du Languedoc-Roussillon présidé par Jean Deschamps résidait à Carcassonne. Il faisait toute la programmation du Festival de la Cité dont la notoriété dépassait de loin les frontières de notre département. À cette époque, Carcassonne se trouvait presque sur le même pied d'égalité, en terme de programmation théâtrale, que le Festival d'Avignon. En 1975, Jean Deschamps décida de passer la main au comédien Jacques Echantillon. Le Théâtre du midi changea de nom pour Les tréteaux du midi, domiciliés cette fois à Béziers. La compagnie assurera également la programmation de la saison du théâtre municipal. 

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© Archives municipales de Carcassonne 

Affiche du festival 1976

Jacques Echantillon réalise la programmation en collaboration étroite avec les associations culturelles de la ville, les techniciens de la culture, les élus municipaux et les grandes organisations syndicales. L'adjoint à la culture de l'époque cite cette phrase de Paul Langevin : "La culture est ce qui permet à l'individu de sentir pleinement sa solidarité avec les autres hommes".

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© Archives municipales de Carcassonne

Les tréteaux du midi - Centre Dramatique National Languedoc-Roussillon - ont pour mission de procurer tout au long de l'année un service à l'ensemble de la population de la région. L'idée de service public, chère à Jean Vilar, suppose une disponibilité permanente de la part de l'équipe du C.D.N à l'égard du public. Le théâtre, la musique, le music hall, les arts plastiques, la danse, le cinéma, toutes les formes d'expression seront accueillies dans les lieux les plus divers : Théâtre de la Cité, Cour du Midi, Jardins et cours intérieures, remparts et cafés.

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© en.notrecinema.com

Jacques Echantillon

Né à la Tronche (Isère) en décembre 1934, Jacques Echantillon obtient un Premier prix d'Art dramatique au conservatoire de Grenoble puis "monte" à Paris. Il est reçu à l'unanimité au conservatoire de Paris, après audition des bouts de scènes de Figaro du "Barbier", le sosie d'Amphitryon , Lubin de "Georges Dandin". Le voilà pour deux ans dans la classe d'Henri Roland. Après un passage par la guerre d'Algérie, il réintègre le conservatoire d'où il sortira avec un Premier prix moderne et un accessit classique.

Il multiplie les rôles de valets, les sapins, etc. À la télévision, il obtient un rôle de 800 lignes dans "Un pareil milliardaire" avec Claude Santelli. Il rêve d'avoir une troupe et monte des farces de Molière avec Francis Lemaire, France Darry, Jean-Luc Bidaut, Ramade et Paulette France.

A la Maison de la culture de Nantes, il joue "Voulez-vous jouer avec moi" de Marcel Achard. L'auteur qui était dans la salle préféra confier la pièce à la troupe d'Echantillon plutôt qu'à celle de Robert Dhéry. Il eut alors envie de changer de style "pour se remettre en question", et il eut le culot de monter "l'espace dedans" d'Henri Michaux, dans le premier café-théâtre du quartier du Marais. Personne n'y croyait mais au bout de dix jours c'était la queue ; deux séances par jour.

Au festival de Mexico, il obtint les deux premiers prix - pour la troupe et pour le spectacle. Au retour, après la reprise de Scapin à la Comédie Française. Après avoir roulé sa bosse dans de nombreux pays, Jacques Echantillon s'établit en Occitanie. A partir des années 75, il dirige des institutions : Michel Guy le nomme au Centre dramatique de Carcassonne, le Théâtre du Midi. L'aventure s'achèvera avec Carcassonne en 1981, où il sera remplacé à la tête du Festival de la Cité par Jean Alary. Jacques Echantillon est décédé le 17 décembre 2009.

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© Archives municipales de Carcassonne

Jacques Echantillon a porté notre culture jusqu'à Paris. On pourra citer le succès de "Jésus II" de Joseph Delteil, au théâtre de Paris en 1977. Que reste t-il aujourd'hui de tout cela ? La nostalgie, sans doute, d'une époque où les artistes étaient appréciés comme des porteurs de rêves et non, comme la variable d'ajustement de l'économie du secteur culturel. On ne fait pas de la culture pour le peuple - quel mépris ! On fait de la culture par le peuple, c'est là une différence de taille vers son émancipation émotionnelle, intellectuelle et finalement vers sa liberté.

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