25/02/2016

La société de produits chimiques Docor-Grazaille, fondée par Georges Hyvert

Il est très compliqué de retracer l'historique des industries dès lors qu'il n'existe que peu ou pas de documents d'archives. Très souvent, ils ont été détruits ou perdus après la cessation de leur activité. La société Docor-Grazaille fondée par G.Hyvert, ingénieur des mines, ne déroge pas à cette douloureuse constatation. Le fait est d'autant plus criant quand, dans ce cas précis, l'ensemble des bureaux et bâtiments a été victime d'un incendie en juillet 1944. Il n'existe alors pas trente-six solutions ; il faut soit retrouver les héritiers, soit orienter ses recherches vers la brocante, les vide-greniers, les collectionneurs, la presse locale. C'est vers ces dernières sources de renseignements que nous avons axé nos recherches afin de vous proposer l'article suivant.

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Georges Hyvert dans son laboratoire

Georges Simon Hyvert est un ingénieur civil, né à Paris (Ve arrondissement) le 29 janvier 1868. Il vit avec ses parents - Paul Hyvert et Marguerite Fradin - à Carcassonne, au moment de son mariage avec  Marie-Madeleine Faye en juin 1900 à Saint-Junien (Haute-Vienne). C'est d'ailleurs de ce département qu'est originaire l'ensemble de sa famille.

A la fin du XIXe siècle, Georges Hyvert est passé maître dans les domaines touchant à l'hygiène. Il rédige notamment un livre sur la contamination par les vieux papiers. Rien d'étonnant à cela, puisque son beau-père occupe les fonctions d'administrateur de la Société générale des papeteries du Limousin.

L'exploitation minière connaît un vrai essor avec la découverte par Marius Esparseil en 1877 de la mine d'or de Salsigne. C'est vers ce domaine d'étude que s'oriente Georges Hyvert en véritable passionné de géologie. Il possède d'ailleurs une extraordinaire collection de minerais. Durant sa vie, il ne cessera d'écrire des livres et de rédiger des articles pour la Société d'Etudes Scientifique de l'Aude, dont il devient un des membres en 1892. Il entre également en politique aux côtés du maire Gaston Faucillon ; il sera élu Conseiller municipal et se présentera sans succès aux élections cantonales de Carcassonne en 1910, comme candidat indépendant d'Union Républicaine, Radicale, Socialiste. Georges Hyvert - Chevalier du mérite agricole et Officer de l'instruction publique - décède en 1939 à l'âge de 71 ans, non sans laisser à la postérité un énorme travail documentaire sur la géologie.

La société Docor-Grazaille

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L'usine du Moulin Rabaud à Limoges

Georges Hyvert possède au début du XXe siècle, deux sociétés avec des actionnaires. La manufacture des spécialités Docor, société anonyme au capital de 600.000 francs se trouve à Limoges, au Moulin Rabaud. D'après un dossier conservé aux archives de la Haute-Vienne, il semblerait que cette usine ait été acquise en 1911 et vendue en 1924. 

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Les bâtiments de l'usine Docor-Grazailles

A Carcassonne -1, chemin de Grazailles- est situé l'Etablissement de produits chimiques de Grazailles au capital de 250.000 francs. En 1918, il y a amodiation à la manufacture Docor de Limoges, dans l'attente de la fusion des deux sociétés. C'est vraisemblablement après la vente de l'usine de Limoges que la société devient Manufacture Docor-Grazaille. Le siège social - 61, rue de la gare à Carcassonne - s'établit alors à Bordeaux ; l'administration reste dans la capitale audoise.

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Le Docor

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Le bouillon Docor est, selon une publicité de l'époque diffusée pendant la Grande guerre :

Un potage familial qui a remplacé les exotiques. Docor est le meilleur produit français qui est absolument invincible a tué les similaires boches. C'est défendre la France que de ne consommer que des produits français. Envoyez du Docor à nos chers prisonniers. En vente dans toutes les bonnes épiceries, 0,50 centimes la boite.

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Une lettre de 1915 adressée au maire de La Rochelle fait état de la livraison de plusieurs tablettes de Docor pour l'assistance publique. Nous pouvons donc penser que le marché s'étendait sur le territoire national.

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L'atelier de fabrication

Le Pyralt

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En 1910, Georges Hyvert découvre un gisement de phosphate de Chaux aux environs d'Alet dans le dévonien supérieur. C'est une excellente matière pour la fabrication du superphosphate (Société Nationale d'agriculture de France / 12 janvier 1910). Grâce à la concession de mines, comme celle de la Bousole dans les Corbières obtenue le 10 octobre 1938 jusqu'en 1982, la société Docor-Grazaille développe un certain nombre d'engrais pour la viticulture.

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Engrais chimiques appropriés aux cultures et à la nature des sols. Phospho-Guano provenant de la chair et des os d'animaux d'équarrissage. Superphosphate d'os, gelatine, sang desséché, graisse de cheval, engrais humain, sulfate de cuivre, eau céleste et ammoniurie de cuivre concentrés. M. Hyvert reçoit à son usine de Grazailles tous les animaux morts ou à abattre. Payés selon le poids.

Les inventions de G. Hyvert

Après le conflit viticole de 1907, Georges Hyvert invente un procédé permettant de révéler la présence d'eau sucrée dans le vin, communément appelée "mouillage". Le vin examiné est d'abord décoloré avec du noir ranimal puis soumis dans le Fraudoscope. En quelques minutes, il prend une coloration bleue plus ou moins intense, suivant qu'il a été additionné à une faible ou grande quantité d'eau. Le résultat probant de ce procédé fut le fruit de sept ans de travaux.

En 1912, il fait part de ses recherches sur les insecticides. Il a remarqué l'action lente des arséniates de plomb sur les insectes ampélophages. Leur emploi intoxique l'animal et gêne ses facultés de reproduction. L'addition de sels arsenic à la glycérine provoquent la mort de l'insecte. 

L'incendie de juillet 1944

Le 20 août 1944, les allemands assassinent une vingtaine de personnes au Quai Riquet. Les bâtiments situés en bordure du Canal du midi sont incendiés. Parmi eux, il y a des établissements Embry et l'usine Docor-Grazaille. Au début des années 1950, les ruines seront rasées et remplacées par des immeubles d'habitation. Roger Hyvert, le fils du fondateur de la société Docor, prendra la succession. Ce dernier, également ingénieur civil des manufactures, se distinguera par ses très nombreuses études sur le patrimoine historique du département de l'Aude. Dans les pas de son illustre père, il prendra la présidence de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude en 1937.

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© SESA

Roger Hyvert

(1901-1988)

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19/11/2015

L'histoire de la SOMECA (Société Méridionale de Caoutchouc)

Tout commence en 1925 quand Michel Talmier fait l'acquisition d'un terrain sur la rive gauche du Canal du midi, exactement à l'angle des rues Crozals et Pierre Sémard. C'est là qu'il fonde une usine de caoutchouc spécialisée dans le rechapage des pneus.

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Vue sur l'ancienne usine Talmier

À cette époque, les usines sont au coeur de la ville et indisposent sérieusement les riverains. L'allée d'Iéna est à deux pas de là, l'artère industrielle de la ville. C'est à cause d'un incendie dans ses entrepôts, que Michel Talmier est contraint - dix ans plus tard - de rechercher un nouvel emplacement pour son usine. Le choix va se porter en 1936 sur d'anciennes terres viticoles appartenant autrefois au domaine de St-Jean de Brucafel. À la sortie de la ville, en contrebas du Canal du midi et de la route Minervoise, les futurs bâtiments industriels seront bâtis à proximité du fleuve. Ceci pour plusieurs raisons : la première étant la grandeur de terrains s'étendant sur 9 hectares ; la seconde, la proximité avec le fleuve dont on pourra tirer une force hydraulique capable d'alimenter l'usine en l'électricité.

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La SOMECA en 1955

Les bâtiments s'étendent sur une superficie de 12000 m2. En bordure du fleuve, Michel Talmier utilise et agrandit le béal qui, au XIXe siècle, acheminait l'eau vers la minoterie de St-Jean.

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© Jacques Blanco

Le béal vers la centrale

Il le coupe à la hauteur d'une petite centrale électrique qu'il fait bâtir au-dessus de celui-ci.

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© Jacques Blanco

La centrale électrique ci-dessus possédait une turbine installée en 1939. 

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À son niveau, le coursier de fuite rejetait l'eau dans l'Aude. L'électricité produite par cette centrale n'étant pas suffisante pour faire tourner l'ensemble de l'usine, un contrat fut conclu avec la SMTF (Société Méridionale de Transport de Force).

La production

En 1964, ce sont près de 500 employés qui travaillent à la SOMECA. Elle tournait de jour et de nuit grâce au système d'organisation du travail des trois-huit. Comme me l'a indiqué M. Jacques Talmier, l'usine recyclait du caoutchouc provenant de pneus usagers. Des "ramasseurs" comme les "pellarots" pour les chiffons, étaient rémunérés pour cela. Ces vieux pneus réduits en poudrette se retrouvaient ensuite à nouveau traités par vulcanisation à 200°, afin d'être transformés pour divers équipements automobiles : pédales de frein, tapis, déflecteurs, joints, butoirs pour pare-chocs, etc.

Le déclin

Au temps fort de l'activité industrielle, la SOMECA fournissait comme sous-traitant l'ensemble des marques automobiles françaises (Peugeot, Simca, Citroën et Renault) ; à étranger, notons Fiat et Volkswagen. Concurrencé par le PVC, le regroupement et la disparition de plusieurs marques dans un secteur mondialisé, la SOMECA vit ses effectifs fondre durant les années 70. En 1981, l'usine jusque-là familiale passe sous contrôle du groupe Hutchinson, avant d'être mise en redressement judiciaire en 1997. C'est alors que les société Stankiewitcz, filiale du groupe allemand Phoenix, se propose de reprendre l'usine avec 80 des 93 salariés. Finalement, le projet n'est pas accepté par le conseil de surveillance du groupe. La SOMECA est rachetée en 1999 par ELASTISOL de Montauban, spécialisée dans les équipements sportifs et aires de jeux et conserve 25 emplois.

Les hangars de l'ancienne usine ont été achetés par M. Yves Feres et loués comme entrepôts. En 2011, le propriétaire annonce dans la presse la mutation de la SOMECA en un ensemble ludique et économique. Il a pour projet la construction d'un centre de congrès, une salle de spectacle, une zone commerciale, etc. Le tout financé entièrement par des fonds privés. Il semblerait que l'aire de grand passage réalisée par la Communauté d'agglomération un peu plus loin, ait enterrée définitivement un projet porteur pour la ville.

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La cheminée de l'usine

Crédit photos

Collection Martial Andrieu

Un grand merci à J. Blanco qui a pu obtenir les autorisations permettant d'accéder à la centrale électrique.

Sources

M. Jacques Talmier que je remercie

La dépêche / C. Marquié / 2014

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10/11/2015

À la découverte du barrage oublié et des usines de Saint-Jean

Il suffit parfois de peu d'éléments pour tirer le fil de l'histoire... Dans ce cas précis, il s'agit d'une vieille photographie jaunie par le temps qui ne comportait que l'inscription manuscrite suivante : Prise de Saint-Jean, 28 mai 1900. N'étant pas sur place, j'ai aussitôt mis sur les rangs Jacques Blanco, le secrétaire des Amis de la Ville et de la Cité. Il s'est tout naturellement dirigé vers les anciennes usines de Saint-Jean en contrebas de la route minervoise, près de l'ancienne SOMECA. La photographie en poche, il n'a pas eu de mal à retrouver ce lieu, resté par chance quasi intact depuis plus d'un siècle. Il recueille les premières informations du terrain grâce au locataire de la maison appartenant à un propriétaire ariégeois ; il prend également des photographies. De mon côté, je tente de rechercher sur l'annuaire le numéro de téléphone de ce monsieur, dans l'espoir qu'il puisse nous apporter des informations sur l'histoire de ce barrage. Les personnes ne souhaitent pas toujours collaborer, mais là, je suis tombé par chance sur un amoureux des vieilles pierres. Lorsqu'il acheta ce site, la maison attenante était en mauvais état. À grands frais il la remonta, sans toucher à son aspect d'autrefois. Il m'expliqua alors ce qu'il savait sur l'origine de cette prise d'eau et me promit de m'envoyer de vieux documents. Ce qu'il fit un mois plus tard. Nous voilà donc aujourd'hui en mesure de vous présenter le fruit d'un travail inédit, réalisé de concert avec un homme de terrain qui a vu couler beaucoup d'eau et, un homme de grimoires qui a vu couler beaucoup d'encres...

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Le 28 mai 1900, les descendants de la famille Dupré se font photographier sur le petit pont surplombant le béal de la prise d'eau de Saint-Jean. Si vous avez suivi l'article que j'avais rédigé sur la métairie de Saint-Jean de Brucafel, vous savez que l'ensemble des terres du domaine ont été partagées en deux, au moment du passage du Canal du midi dans Carcassonne en 1810.

 

La prise d'eau

 Pierre Paul Bilhard demanda l'autorisation de faire construire un canal de prise d'eau à la rive gauche de l'Aude et d'établir une machine hydraulique, destinée à élever les eaux nécessaires à l'irrigation de son domaine. Cette fonction servira également à faire tourner la minoterie de St-Jean. Une ordonnance en date du 26 janvier 1820 signée de Louis XVIII, Roi de France et de Navarre, lui en donne l'autorisation. Il s'agit de construire une prise d'eau destinée au mouvement de deux roues fixées par un même arbre, dont une à aubes et l'autres à augettes.

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Sur la gauche, nous apercevons la partie exposée sur la photo de 1900

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Cette prise d'eau sera composée de deux ouvertures formées par un portique voûté en plein cintre d'une largeur de 1 mètre, fermé par une vanne à vis ou à crochets. La crue de l'Aude le 25 octobre 1891 fit monter l'eau jusqu'au dessous de la voûte ; un niveau des crues le signale.

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Vannes de la prise d'eau

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Vue de la prise d'eau depuis la rive droite

Ces ouvertures seront soudées sur un radier en pierre de taille établi à un mètre en contrebas du niveau des eaux basses de l'Aude, et défendues à l'amont par deux murs de même maçonnerie, ayant chacun dix mètres de longueur et élevés sous 1/10 de fruit jusqu'au niveau des berges.

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Le canal de dérivation aura deux mètres de largeur au plafond, avec un talus d'une inclinaison de 45° établi au niveau du radier de prise d'eau, avec une pente de 0,5 millimètres par mètre jusqu'à celui du seuil des roues motrices. Il amènera l'eau à un moulin farinier, construit en 1823 par Paul Bilhard sur le nouveau cours du Fresquel. Cette rivière a été détournée lors de la construction du nouveau tracé du Canal du midi en 1810. Le moulin prenait l'eau au canal de dérivation venant de la prise de St-Jean pour faire trouver les meules, puis le rejetait via des coursiers de fuite dans le nouveau Fresquel.

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L'ancienne minoterie de St-Jean

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Les vestiges d'une meule

En 1836, Casimir Dupré succèdera à son beau-père et installera une scierie dans l'ancienne minoterie. Le sapin descendra par flottage par l'Aude. Le canal de dérivation sera alors agrandi afin de donner plus de puissance à la force hydraulique indispensable à la scierie. En 1936, la construction de l'usine de caoutchouc SOMECA se servira de l'ancien canal de dérivation de la prise d'eau de St-Jean pour faire tourner une petite centrale électrique. L'eau fera tourner les turbines ; elle sera rejetée via un coursier de fuite dans l'Aude, avec pour conséquences l'arrêt de l'alimentation en eau vers l'usine de Javel et l'ancienne minoterie en friche.

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Perdu dans la végétation, l'ancien canal de dérivation entre la centrale électrique de la SOMECA et la minoterie de St-Jean.

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La centrale électrique de la SOMECA construite par M. Talmier

Les obligations de l'ordonnance royale

Le concessionnaire devra faire fermer la vanne de prise d'eau toutes les fois que le service du flottage l'exigera, à peine de tous dommages et intérêts ; construire un aqueduc pour donner passage aux eaux de la rigole de sortie du pont aqueduc dit de Saint-Jean, dépendant du Canal du midi ; d'établir à ses frais une poutre sur tous les passages publics que le canal serait dans le cas de traverser et d'entretenir ces poutres en bon état.

 

Le barrage sur l'Aude

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Casimir Dupré (beau-fils de Paul Bilhard) obtient en 1836 la concession d'un barrage de 85 mètres de longueur sur l'Aude avec deux vannes d'un mètre 33 de largeur chacune. Le 10 février 1869, un acte notarial enregistré chez Me Bausil fixe les termes d'un échange entre Léo Dupré (fils de Casimir) et les propriétaires des terres du domaine de Bourriac, situé sur la rive droite du fleuve. Il est constaté que le barrage n'étant pas terminé puisque ne touchant pas l'autre rive, il occasionne la perte d'une grande quantité d'eau responsable de la corrosion des berges des terres de Bourriac. En conséquence :

"Mademoiselle Riscle et M. Prospère Cardes, au nom de son fils mineur, concèdent à M. Dupré le droit d'attacher son barrage à la propriété du domaine et la faculté de construire, en maçonnerie, sur la rive dépendant de cette propriété, une souche capable de retenir complètement les eaux de la rivière au niveau de son barrage."

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Pour ne pas éroder davantage la berge, M. Dupré fera prolonger son barrage perpendiculairement au cours de la rivière. Les propriétaires de Bourriac autorisent également M. Dupré à aller se servir en matériaux dans la carrière de pierre ouverte dans le domaine.

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En échange, il sera construit une échancrure ou prise d'eau rectangulaire de 70x40 cm et de 80 cm de hauteur, côté rive droite pour l'irrigation des terres de Bourriac.

Cette prise d'eau sera la tête du canal d'amené à construire par les enfants Cardes, qui conduira les eaux à une turbine placée à peu près à moitié distance du barrage et du ruisseau de la porte de fer.

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Maisonnette dans laquelle se trouvait la turbine

La turbine permettra l'irrigation au niveau du chemin de Carcassonne à Montredon ; soit 6 litres par seconde.

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Millésime de la construction

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Vue aérienne du barrage de St-Jean en 1948

 

Crédit photos

Jacques Blanco

avec l'aimable autorisation des propriétaires

Sources

Nous remercions vivement M. Strumia

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18/10/2015

L'usine de chaussures Raoul Pidoux

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Raoul Pidoux crée en 1954 une usine de fabrication de chaussures à Carcassonne. L'usine est construite dans la rue Fabre d'églantine (quartier du dôme) à l'endroit même où il y a quelques temps, était encore implantée l'imprimerie Bonnafous. À l'époque, l'entreprise Raoul Pidoux et fils employait 60 ouvriers pour une production de 4000 paires de chaussures d'enfant par jour. Chaque année pour l'anniversaire de la construction de l'usine, le patron organisait un cocktail et un bal pour l'ensemble du personnel.

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L'usine en construction en 1953

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L'ancienne usine en 2015

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Raoul Pidoux était également maroquinier et confectionnait des sacs à main. L'ensemble des cette production locale se vendait dans un magasin situé dans la rue de la gare.

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Raoul Pidoux était le père de Jean Pidoux qui effectua une brillante carrière à Paris au sein de la Société Générale. Homme de lettres, de musique et de peinture Jean Pidoux peut être considéré comme un talentueux multicarte de l'art sous toutes ses formes. Il est décédé en janvier 2012.

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© Nathalie Amen-Vals

Jean Pidoux et Janette, son épouse et professeur de danse de renommée internationale.

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24/06/2015

L'histoire de l'usine de glaces Pilpa de Carcassonne

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Tout commence en 1941 et surtout dans les années suivantes avec l'ULC (Union Coopérative Laitière) une coopérative toulousaine rebaptisée ensuite ULAC. Elle s'associera au cours du temps avec d'autres entreprises de ce type dans la région. En 1974, le marché de ces entreprises s'est progressivement étendu à 17 départements dont la Charente et la région Auvergne. Elles produisent le lait Candia, les yaourts Yoplait, le fromage Fraimont... La croissance est telle qu'en 1988 elle se constitue en un groupe puissant appelé 3A (Alliance Agro Alimentaire) dont le président est un Audois, Jacques Lapeyre. 4000 sociétaires et 2500 salariés veillent à la bonne marche de l'entreprise implantée dans tout le sud-ouest. Le lait ne dérangeant que de faibles marges et dont les cours sont assez aléatoires, le groupe d'oriente vers la production de crèmes glacées ; spécialités de la société Boncolac.

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Ainsi, naît en 1973 à Carcassonne l'usine Pilpa dans la nouvelle zone de la Bourriette, dont le prix du terrain n'est pas très élevé. Pilpa emploie près de 120 personnes et une soixantaine d'intérimaires ; une main-d'oeuvre peu coûteuse...

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L'usine Carcassonnaise de la société Boncolac génère un chiffre d'affaire de 490 millions de francs en 1998. Elle promet un plan d'investissement sur quatre ans de 130 millions de francs. La prime d'aménagement du territoire lui octroie 1,6 millions de francs. L'usine Pilpa est grandie ; elle tourne 48 heures / semaine et 6 jours / 7. 

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Le groupe germano-britannique "R and R Ice cream" rachète à Boncolac pour 23 millions d'euros en juin 2011, l'ensemble de son activité de crèmes glacées. L'usine Pilpa de Carcassonne (137 salariés) et les services commerciaux toulousains (17 salariés) font partie de la transaction. Malgré les bonnes intentions affichées par les nouveaux propriétaires sur le devenir des salariés, ils vont s'emparer des marques de distributeur sous licence Oasis, Disney et Fauchon que produit Pilpa à Carcassonne pour la grande distribution, puis licencier le personnel et fermer l'usine. Les employés avaient de quoi se méfier, puisque R and R avait supprimé des emplois lors de la reprise du glacier breton Rolland en 2010. De son côté Boncolac réalisait en 2010 (groupe 3A) un CA de 709 millions d'euros, en hausse de 11%. Il veut recentrer son activité sur le surgelé traiteur.

Philippe Carré, directeur général de Boncolac, confie au journal Les échos du 16 juin 2011 :

« R&R a une puissance de feu européenne et voudra agrandir le site pour vendre en Europe, alors que nous écoulons 90 % de notre production en France »

De son côté, le groupe "R and R" possède 8 usines et réalise 550 millions de Chiffre d'affaire en Europe avec 2000 collaborateurs en France, Allemagne, Pologne et Royaume Uni. Il use d'une communication assez cynique lorsqu'il s'exprime dans le Daily reporter le 6 septembre 2011 :

Il est clair que le site de Carcassonne est très vieux et où rien n'a été investi depuis 20 ans, mais nous sommes très heureux de le posséder. Nous allons bien le gérer et il y a un très bon effectif à Carcassonne. Je suis impatient de travailler avec tout le monde là-bas et de bâtir une entreprise vraiment forte. (traduit de l'anglais)

Un mois après son acquisition, le groupe supprime l'ensemble des commerciaux. Quelques temps après, il ferme les services de recherche et de développement.

Licenciés !

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© L'indépendant

Le 5 juillet 2012, "R and R" annonce qu'il ferme l'usine et met au chômage les 123 salariés de Pilpa, dont 45 d'entre-eux ont plus de 50 ans. Comme toujours le cynisme de ces multinationales n'a pas de limites ; elle propose un reclassement des salariés en Pologne (nouvelle usine créée), Italie, Allemagne ou Royaume-Uni. C'est loi la contraint à cela...  On apprend que la production continuera jusqu'en décembre 2012 pour honorer les carnets de commande de fin d'année. Les salariés se voient proposer un congé de reclassement de neuf mois et des indemnités de licenciement de 5000 à 30 000 euros, selon l'ancienneté. Avec la nouvelle loi Macron sur le plafonnement des indemnités de licenciement, combien auraient touché aujourd'hui les Pilpa ?

À qui appartient R and R ?

Un rapport du cabinet d’expertise Progexa présente ce fonds d’investissement californien comme une firme de gestion de placements mondiale axée sur les marchés alternatifs. Dans la presse anglo-saxonne spécialisée comme le Financial Times, on peut lire qu’« Oaktree gère des fonds dans les stratégies d’investissement qui comprennent notamment les prêts en difficulté, la dette des entreprises ou encore l’investissement de contrôle ». Tout est dit. Pilpa est pris au piège d’une toile d’araignée de la finance internationale. La mécanique infernale s’emballe et les chiffres font peur. Après étude, on s’aperçoit que R & R est endetté à hauteur de 593  millions d’euros auprès d’Oaktree. Avec un emprunt de 283 millions d’euros de taux à 8,9 % et un emprunt obligataire de 350 millions d’euros au taux de 8,4 %, on comprend mieux l’argument de « mauvais résultats » : R & R se doit en effet de rembourser les frais financiers liés à ses emprunts ; Pilpa fait partie de la myriade des entreprises tombées sous le joug du fonds d’investissement américain dont les bénéfices servent à rembourser ces emprunts. « Résultat, Pilpa est passé du statut d’entreprise viable à celui de Kleenex », s’indigne Rachid Ait Ouakli. Une logique à très court terme où le moindre million est bon à prendre. Oaktree a mis en vente le site de production de glaces de Carcassonne en début d’année, ce qui devrait lui rapporter 2 ou 3 millions supplémentaires. « Quant à 
R & R, ses résultats médiocres, du fait des remboursements qui plombent sa comptabilité, lui permettent peu ou pas de payer des impôts », conclut le délégué syndical. Pendant ce temps, les bénéfices engrangés par Pilpa finissent dans les comptes de sociétés offshore que possède le fonds d’investissement américain. Dans le rapport Progexa, on s’aperçoit que les bénéfices de Pilpa terminent dans des comptes en banques, situés dans des paradis fiscaux aux îles Caïmans et au Luxembourg après avoir transité par R & R Ice Cream à Londres et R & R Ice Cream France. (L'Humanité, 16 mai 2013)

La bataille syndicale

Les salariés dénoncent le plan social devant les tribunaux.

Le 11 décembre celui-ci est annulé par le juge des référés qui estime que le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) présenté par la direction "est manifestement insuffisant dans les mesures de reclassement proposées au regard des moyens du groupe" et que le licenciement collectif de l'ensemble du personnel constitue donc "un trouble manifestement illicite", selon le texte de son ordonnance. 

Lionel Rolland, directeur général du groupe "R and R" vient à Carcassonne dans une ambiance houleuse proposer des solutions de reclassement et justifier par une communication hasardeuse, la fermeture de l'usine :

«Le groupe a perdu 15 M€ de chiffre d'affaires l'année dernière, soit -9 %». Au-delà de cet aspect conjoncturel, le patron de Pilpa met ce plan social sur le compte d'une «forte contraction du marché des marques distributeurs depuis 4 ans»

Une «contraction» qui n'a pourtant pas empêché le groupe R & R Ice Cream d'acheter une énième société l'an dernier, à Terni en Italie. Le numéro est bien rodé : on rachète une entreprise, on rafle ses marques (dans le cas de Pilpa : Oasis, Disney, par exemple), puis on revend quelques mois après en sacrifiant les salariés. Une course à la rentabilité financière dans un marché à concurrence sauvage - R & R Ice Cream veut rivaliser avec l'ogre Unilever, et Nestlé lorgne sur le rachat du groupe R & R - qui fait bien peu de cas des situations humaines. (La dépêche, 5 avril 2013)

Le 16 mai 2013, les salariés annoncent qu'il dénoncent une troisième fois devant le tribunal, le plan social proposé par le groupe "R and R". Finalement, c’est avec la direction nommée par le nouvel actionnaire PAI Partners qu’un accord sera trouvé avec les salariés. Tous obtiendront des indemnités supra-légales de licenciements représentant entre quatorze et trente-sept mois de salaire brut ainsi qu’un budget de formation de 6 000 euros par salarié. 

L'agglo à la rescousse

 Grâce à l'énergie des salariés et à la Communauté d'agglomération du Carcassonnais, une SCOP va être créée afin de pérenniser une partie de l'outil de production et des emplois. Les nouveaux entrepreneurs seront aidés dans leur tâche par Henri Garino et René Escourrou, avec le soutien de la municipalité de J-C Pérez et de l'ensemble des Carcassonnais mobilisés pour Pilpa. La nouvelle direction du groupe "R and R" ne s’oppose pas à ce qu’une nouvelle entité produise de la crème glacée à la condition toutefois qu’elle n’opère pas sur le marché des marques de distributeur. La direction s’engage à laisser sur place une ligne de production, à subventionner 815 000 euros de machines et matériels divers, à financer 200 000 euros de formation ainsi qu’une étude de faisabilité confiée à un cabinet d’experts. Un peu plus tard, la communauté d’agglomération de Carcassonne fera l’acquisition des bâtiments et des terrains pour revitaliser économiquement le lieu et donc permettre, entre autres, à la SCOP de démarrer.

La Fabrique du Sud

Le 6 janvier 2014, les statuts de la nouvelle entreprise Fabrique du Sud sont déposés. Une trentaine parmi les anciens salariés va mettre ses indemnités de licenciement et ses allocations chômage dans la SCOP à hauteur de 10 000 euros chacun. L'activité démarre en avril 2014 avec un capital de 400 000 euros. À  ce jour, ils sont une vingtaine à faire tourner la seule ligne de production restante depuis Pilpa et commercialisent avec succès des glaces sous la marque "La belle Aude".

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Ces glaces de qualité artisanale sont vendues dans tous les supermarchés de la région et proposées chez les restaurateurs comme dessert. 

Une loi Pilpa

Pour aider les salariés repreneurs, la loi Economie sociale et solidaire (ESS) du 31 juillet 2014 a créé la Société coopérative et participative (SCOP) d’amorçage qui permet aux salariés de renforcer progressivement leur part au capital social. Le décret relatif à sa création vient d'être publié. Il met fin à l’obligation de détenir la majorité du capital social, frein à la reprise d’entreprises sous forme de SCOP.

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© Claude Boyer

Le 19 mai 2015, le Président de la République en visite à Carcassonne se rend dans l'usine de la SCOP Fabrique du Sud. La réussite de ces salariés, devenus patrons, fait le tour des rédactions nationales de la presse écrite et télévisuelle.

Sources

Claude Marquié / Aux origines de Pilpa / 2012

Les échos

L'Humanité

La dépêche

Dailyreporter.com

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12:24 Publié dans Usines | Tags : pilpa | Lien permanent | Commentaires (11)

30/06/2014

Les anciennes colonnes de remplissage de la fonderie Marsal

Je vous parle d'un temps où les nombreuses vignes aux alentours du carcassonnais n'étaient pas encore transformées en lotissements sous la forme de cages à poules. Les vignerons venaient remplir leurs comportes à des colonnes de remplissages installées dans les villages. Certaines d'entres elles subsistent encore et sont fonctionnelles. Nous avons le devoir de les conserver avec le plus grand soin, car bientôt ce seront les derniers vestiges de la viticulture en milieu périurbain.

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Cette colonne en fonte à potence tournente avait pour fonction de remplir rapidement en eau propre les récipients, barriques ou demi-muids placés sur les charrettes ou tombereaux. Les communes devaient par cela être équipées d'un château d'eau. Ce procédé révolutionnaire allait faciliter la vie des viticulteurs, qui devaient autrefois puiser l'eau des auges au moyen de seaux, puis les déverser manuellement dans les barriques. Autre inconvénient, les impuretés s'infiltraient dans les appareils de sulfatage.

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Description du matériel

Une colonne de fonte à l'aspect décoratif, est traversée par un tuyau d'amenée d'eau à la potence tournante. Un robinet de commande R, supprimant les coups de bélier, se trouve à mi-hauteur du fût. Un deuxième robinet V facultatif, peut être placé à la base de la colonne. Il permet aux municipalité soucieuses d'économies de donner l'eau à la colonne ou de la supprimer de leur gré. De plus, il met la colonne à l'abri de la gelée. Il suffit pour cela pendant l'hiver de fermer le robinet V et d'ouvrir le robinet R. Sur demande ces colonnes peuvent être livrées soit avec un robinet servant de bornes fontaines, soit avec un raccord de prise incendie. La pose est effectuée en quatre heures par un plombier, un maréchal ou un ouvrier. Scellement sur socle en béton par trois boulons.

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Il reste deux de ces colonnes au hameau de Villalbe en plus ou moins bon état. Celle-ci fonctionne encore pour le cantonnier et le dernier vigneron, Olivier Ormières.

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L'autre se trouve à proximité du premier réservoir d'eau potable du hameau (détruit depuis). Elle mériterait un coup de peinture.

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Sur la colonne est gravé le nom du successeur de la fonderie Marsal: Durand-Roger. Cette usine se trouvait au square Gambetta et faisait angle avec l'avenue Arthur Mullot.

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