06/04/2018

L'époque où l'on fabriquait des bérets Basques à Carcassonne...

Entre les deux guerres, l'ensemble de la Haute-Vallée de l'Aude connaît une période de quasi plein emploi grâce à ses usines de chapeaux. A la veille de la grande crise économique de 1929, les différentes sociétés chapelières de l'Aude vont se regrouper afin de mutualiser leurs efforts. De cette restructuration du paysage industriel vont émerger trois nouvelles enseignes. En 1928, la société Canat et de la Chapelle de Couiza s'allie avec les établissements Jean Peille d'Espéraza pour devenir l'I.C.A (Industrie Chapelière de l'Aude). La même année, les usines Villa d'Espéraza et de Couiza fondent l'U.C.F (Union Chapelière Française) ; nous allons en reparler. Enfin, l'année suivante Jean et Baptiste Bourrel s'associent et prennent le nom d'Etablissements Bourrel réunis.

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Publicité dessinée par le peintre Jean Camberoque.

Cet accroissement des débouchés a été momentané et dû au développement brusque des importations des Etats-Unis. Mais la crise de 1929 est venue arrêter brutalement cette expansion. En 1927, ce sont 3 017 127 de cloches à chapeaux qui étaient exportées depuis la Haute-Vallée. Ce chiffre passa à 9 161 787 en 1929. Après la Seconde guerre mondiale, on n'en compte plus que 368 226.

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L'Union Chapelière Française est fondée par M. Villa d'Espéraza le 30 juillet 1928, suivant statuts déposés chez Me Escarguel, notaire à Carcassonne, le 17 juillet 1928. Son siège social se trouve à Paris, mais son usine s'implante à Carcassonne au n°33 de la rue Alfred de Musset.

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A partir de 1950, la crise chapelière a pour effet de ne plus pouvoir proposer de travail, car il lui impossible de renouveler son personnel. C'est 60% des moins de 21 ans qui quittent Espéraza et Couiza en direction de Quillan et Limoux, villes dans lesquelles de nouvelles industries se créent. Cinq ans plus tard, il ne reste plus que trois fabricants de cloches. Le COFIC fait transformer par l'I.C.A et l'U.C.F les matières premières qu'elle achète. Après la faillite de l'U.C.F, seule l'I.C.A exécutera ce travail.

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A l'arrière de l'église du Sacré-Cœur, l'usine des bérets avec sa cheminée

La faillite de l'Union Chapelière Française intervient le 26 mars 1955 pour défaut d'intérêt de masse. A dater du 7 novembre 1958, l'affaire d'Henry Villa est rachetée par Raoul de Rochette demeurant au château de Gaja près de Carcassonne. Il acquiert un fonds de fabrication et de vente de bérets avec la contremarque Perly pour 90 millions de francs, à la Société Union Chapelière Française représentée par Pierre Azéma, président du Conseil d'administration.

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En 1974, la cheminée de l'ancienne usine des bérets qui culminait à 26 mètres au-dessus du quartier de la Pierre Blanche, est abattue. Les bâtiments sont alors transformés et deviennent la propriété de la société textile Sermo qui s'en servira d'entrepôt.

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Les bâtiments de l'usine sont aujourd'hui occupés par un bowling. Il ne reste plus que les toits pour matérialiser encore le passé industriel de ce lieu oublié qui fit vivre de nombreuses familles d'ouvriers.

Sources

Notes, recherches et synthèse / Martial Andrieu

Revue d'économie méridionale / 1959

Bulletin des annonces civiles et commerciales

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13/03/2018

L'éclairage public à Carcassonne du Moyen-âge à nos jours

Comme toutes les villes du royaume, Carcassonne, au Moyen-âge, était la nuit venue plongée dans l'obscurité la plus totale. Quand les cloches de Saint-Michel et de Saint-Vincent sonnaient l'Angélus du soir et annonçaient le couvre-feu, les échoppes de la "Carriera major"ou de la rue de la Pélisserie se fermaient. Les rues boueuses devenaient alors de véritables coupe-gorges. Au XVe siècle, il existait bien quelques lumières installées aux carrefours des rues, mais comme l'entretien incombait aux habitants, ceux-ci se dérobaient le plus souvent à cette tâche. En juin 1697, sous le règne de Louis XIV, fut promulgué un édit pour l'établissement des lanternes. Suspendues à une potence, elles s'abaissaient et se levaient au moyen d'une corde passée sur une poulie. Toutefois, l'éclairage était assez timide.

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© Vincent photographies

A Paris, l'huile remplaça le suif à la suite d'un concours à l'Académie des sciences en 1765. A Carcassonne, il faudra attendre le 10 décembre 1771 pour que l'on installe vingt grandes lanternes à vitres, garnies en plomb, à cul de lampe, avec cordes et poulies. Ce système ne survivra pas longtemps, car seuls trois citoyens de la ville acceptèrent la charge de les placer à leurs frais et de les entretenir : Bages, Pontet et Ferrier. Pour remédier cette défaillance, la municipalité met en adjudication le service d'éclairage par délibération du conseil municipal en date du 7 décembre 1779.

A cet effet, un devis et un plan sont dressés par Jean Dolbau, ingénieur géographe du roy, architecte et inspecteur des travaux publics de Carcassonne. Le bail est remporté par les sieurs Vidal, Guyot et Malaviaille. Le prestataire installera des lanternes peu de temps avant le 1er novembre et commencera à les allumer le soir de la Toussaint de six heures à quatre heures du matin. Il n'y aura pas d'allumage, les nuits de pleine lune. En 1783, Argand mit au point l'éclairage avec lampe à huile rationnelle à qui Quinquet donna son nom.

Les rues, places et promenades de la ville, de ses faubourgs et de la Cité comptaient 79 lanternes. Elle passèrent à 136 en 1838, après que l'on a supprimé l'huile trop chère par celle de colza. En 1847, les deux familles Feuillerade et Pagès s'occupèrent respectivement de la Ville basse et de la Cité avec ses faubourgs.

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Bec de gaz au hameau de Villalbe

Un changement notable intervint avec l'industrie du gaz, due au Français Philippe Le Bon. Louis XVIII fonde une société royale en 1820 et plusieurs villes adoptent le nouveau mode d'éclairage au gaz. Carcassonne fut la première ville de l'Aude à s'y intéresser. La délibération du conseil municipal du 23 mars 1846 décide que le gaz serait substitué à l'huile à partir du 16 août 1847. L'adjudication en revint à la Compagnie Blanchet, le 10 mai 1846. Initialement prévus en fonte, les tuyaux durent être remplacés par de la tôle en fer étamée et bitumée joints par un long pas de vis. La fonte ne résisterait pas au passage des charrettes ou au un tassement de la chaussée. Compte tenu de l'économie réalisée par l'utilisation des tuyaux en fer, plus chers à l'achat, mais faciles à poser et ne demandant que peu d'entretien, il était demandé à la Compagnie de prolonger leur canalisation jusqu'à la rive droite de l'Aude en traversant le Pont neuf, éclairant ainsi les faubourgs de la Trivalle et de la Barbacane.

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L'usine à gaz de Carcassonne en 1963

A la fin de l'année 1846, le travaux de construction de l'usine à gaz débutèrent sur un terrain situé en dehors de la ville appartenant à M. Cabrié. L'usine comprenait une salle des fours couverte d'une toiture en tôle, une salle d'épuration avec ventilateur, une cheminée de 33 mètres de hauteur, deux gazomètres de 400 m2 chacun. On accédait à l'usine depuis l'allée de Bezons, par le chemin dit du "gazomètre". Le directeur ou "fermier" était M. Paul Léonard Pailhiez-Piécour, représentant la Cie Blanchet frères. Le personnel de l'usine était composé d'un contremaître, M. Delmas, de trois chauffeurs de fours : Auguste, Antoine et Pierre. Ils se relayaient toutes les huit heures pour un salaire de 50 francs mensuels. Messieurs Chameau, Sabatier, Charlou et Raymond étaient allumeurs de réverbères et s'occupaient chacun d'une section de la ville. Dans les faubourgs encore éclairés à l'huile, on faisait appel à Marie et Jeanne Bousquatier, ainsi qu'aux épouses Chameau et Sabatier.

La Cie Blanchet fut mise en difficulté par les événements de 1848. La vile signa un traité avec M. Bellenger, fermier de l'usine à gaz depuis 1849. Dans son cahier des charges, l'entrepreneur devait réaliser les travaux nécessaires pour éclairer au gaz les faubourgs l'Araignon, Barbacane, Trivalle et la Cité, ainsi que la route principale conduisant à la gare de chemin de fer. Au total : 7000 mètres de canalisations nouvelles, 125 becs de gaz dont 20 candélabres et 105 consoles. Chaque bec étant positionné à une distance de 40 mètres et à une hauteur de 4 mètres du niveau du pavé. Le prix du gaz par bec et par heure sera de 3 centimes, pour une consommation de 140 à 150 litres à l'heure. 

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© Coll. Martial Andrieu

Dans les années 50, on voit fort bien les gazomètres

En 1865, l'usine à gaz est cédée à la Société Néerlandaise pour l'éclairage et le chauffage par le gaz basée à La Haye. Le Hollandais M. Gros devint directeur, secondé par un contremaître, M. Mestre. L'usine entreprit des travaux d'agrandissement vers l'Est jusqu'à l'Aude. Un troisième gazomètre de 1500 m3 comprenant 8 piliers en maçonnerie fut construit, puis un autre en 1870 et un cinquième de 5000 m3. Ainsi furent éclairés entre 1868 et 1869, les actuels lieux suivants : Jacobins, Bd Sarraut, Iéna, Laraignon, square Chénier, pont Marengo, Caserne Laperrine, Palais de justice, St-Gimer, rue Antoine Marty et chemin de Montredon. Des bâtiments furent également éclairés progressivement : La gare (1867), la Préfecture et la cathédrale St-Michel (1868) et l'Hôtel Dieu. A la cité, les lices alors pourvues de vieilles maisons de tisserands possédèrent 8 becs de gaz. A partir du 1er juin 1866, la société laissa le gaz dans les canalisations le jour afin que les habitants puissent se chauffer. 

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Réverbère dans les lices vers 1900

En 1887, l'usine était reprise par la Compagnie Générale Française et Continentale d'Eclairage. La municipalité faisait stipuler dans un avenant "Le directeur de l'usine à gaz sera toujours de nationalité française".

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© Henri Alaux

Les ouvriers et allumeurs de réverbères en 1896

Elle prit dix ans plus tard le nom de "Société du Gaz de Carcassonne". Elle subsista jusqu'en 1946, date à laquelle elle fut intégrée au Gaz de France.

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© I.G.N

Les deux gazomètres et l'usine en 1958

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© Google maps

Vue aérienne du site en 2018

L'arrivée du gaz de Lacq à Carcassonne va sonner le glas du gaz de houille à partir de 1963. Les deux gazomètres, derniers témoins de l'usine à gaz seront rasés au mois d'avril 1974 par l'entreprise Olivier, de Revel. 

Sources

Conférence de M.Guérin au C.D.D.P / Octobre 1974

Exposition "Gaz-Panorama"

Midi-Libre / Avril 1974

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25/02/2016

La société de produits chimiques Docor-Grazaille, fondée par Georges Hyvert

Il est très compliqué de retracer l'historique des industries dès lors qu'il n'existe que peu ou pas de documents d'archives. Très souvent, ils ont été détruits ou perdus après la cessation de leur activité. La société Docor-Grazaille fondée par G.Hyvert, ingénieur des mines, ne déroge pas à cette douloureuse constatation. Le fait est d'autant plus criant quand, dans ce cas précis, l'ensemble des bureaux et bâtiments a été victime d'un incendie en juillet 1944. Il n'existe alors pas trente-six solutions ; il faut soit retrouver les héritiers, soit orienter ses recherches vers la brocante, les vide-greniers, les collectionneurs, la presse locale. C'est vers ces dernières sources de renseignements que nous avons axé nos recherches afin de vous proposer l'article suivant.

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Georges Hyvert dans son laboratoire

Georges Simon Hyvert est un ingénieur civil, né à Paris (Ve arrondissement) le 29 janvier 1868. Il vit avec ses parents - Paul Hyvert et Marguerite Fradin - à Carcassonne, au moment de son mariage avec  Marie-Madeleine Faye en juin 1900 à Saint-Junien (Haute-Vienne). C'est d'ailleurs de ce département qu'est originaire l'ensemble de sa famille.

A la fin du XIXe siècle, Georges Hyvert est passé maître dans les domaines touchant à l'hygiène. Il rédige notamment un livre sur la contamination par les vieux papiers. Rien d'étonnant à cela, puisque son beau-père occupe les fonctions d'administrateur de la Société générale des papeteries du Limousin.

L'exploitation minière connaît un vrai essor avec la découverte par Marius Esparseil en 1877 de la mine d'or de Salsigne. C'est vers ce domaine d'étude que s'oriente Georges Hyvert en véritable passionné de géologie. Il possède d'ailleurs une extraordinaire collection de minerais. Durant sa vie, il ne cessera d'écrire des livres et de rédiger des articles pour la Société d'Etudes Scientifique de l'Aude, dont il devient un des membres en 1892. Il entre également en politique aux côtés du maire Gaston Faucillon ; il sera élu Conseiller municipal et se présentera sans succès aux élections cantonales de Carcassonne en 1910, comme candidat indépendant d'Union Républicaine, Radicale, Socialiste. Georges Hyvert - Chevalier du mérite agricole et Officer de l'instruction publique - décède en 1939 à l'âge de 71 ans, non sans laisser à la postérité un énorme travail documentaire sur la géologie.

La société Docor-Grazaille

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L'usine du Moulin Rabaud à Limoges

Georges Hyvert possède au début du XXe siècle, deux sociétés avec des actionnaires. La manufacture des spécialités Docor, société anonyme au capital de 600.000 francs se trouve à Limoges, au Moulin Rabaud. D'après un dossier conservé aux archives de la Haute-Vienne, il semblerait que cette usine ait été acquise en 1911 et vendue en 1924. 

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Les bâtiments de l'usine Docor-Grazailles

A Carcassonne -1, chemin de Grazailles- est situé l'Etablissement de produits chimiques de Grazailles au capital de 250.000 francs. En 1918, il y a amodiation à la manufacture Docor de Limoges, dans l'attente de la fusion des deux sociétés. C'est vraisemblablement après la vente de l'usine de Limoges que la société devient Manufacture Docor-Grazaille. Le siège social - 61, rue de la gare à Carcassonne - s'établit alors à Bordeaux ; l'administration reste dans la capitale audoise.

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Le Docor

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Le bouillon Docor est, selon une publicité de l'époque diffusée pendant la Grande guerre :

Un potage familial qui a remplacé les exotiques. Docor est le meilleur produit français qui est absolument invincible a tué les similaires boches. C'est défendre la France que de ne consommer que des produits français. Envoyez du Docor à nos chers prisonniers. En vente dans toutes les bonnes épiceries, 0,50 centimes la boite.

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Une lettre de 1915 adressée au maire de La Rochelle fait état de la livraison de plusieurs tablettes de Docor pour l'assistance publique. Nous pouvons donc penser que le marché s'étendait sur le territoire national.

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L'atelier de fabrication

Le Pyralt

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En 1910, Georges Hyvert découvre un gisement de phosphate de Chaux aux environs d'Alet dans le dévonien supérieur. C'est une excellente matière pour la fabrication du superphosphate (Société Nationale d'agriculture de France / 12 janvier 1910). Grâce à la concession de mines, comme celle de la Bousole dans les Corbières obtenue le 10 octobre 1938 jusqu'en 1982, la société Docor-Grazaille développe un certain nombre d'engrais pour la viticulture.

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Engrais chimiques appropriés aux cultures et à la nature des sols. Phospho-Guano provenant de la chair et des os d'animaux d'équarrissage. Superphosphate d'os, gelatine, sang desséché, graisse de cheval, engrais humain, sulfate de cuivre, eau céleste et ammoniurie de cuivre concentrés. M. Hyvert reçoit à son usine de Grazailles tous les animaux morts ou à abattre. Payés selon le poids.

Les inventions de G. Hyvert

Après le conflit viticole de 1907, Georges Hyvert invente un procédé permettant de révéler la présence d'eau sucrée dans le vin, communément appelée "mouillage". Le vin examiné est d'abord décoloré avec du noir ranimal puis soumis dans le Fraudoscope. En quelques minutes, il prend une coloration bleue plus ou moins intense, suivant qu'il a été additionné à une faible ou grande quantité d'eau. Le résultat probant de ce procédé fut le fruit de sept ans de travaux.

En 1912, il fait part de ses recherches sur les insecticides. Il a remarqué l'action lente des arséniates de plomb sur les insectes ampélophages. Leur emploi intoxique l'animal et gêne ses facultés de reproduction. L'addition de sels arsenic à la glycérine provoquent la mort de l'insecte. 

L'incendie de juillet 1944

Le 20 août 1944, les allemands assassinent une vingtaine de personnes au Quai Riquet. Les bâtiments situés en bordure du Canal du midi sont incendiés. Parmi eux, il y a des établissements Embry et l'usine Docor-Grazaille. Au début des années 1950, les ruines seront rasées et remplacées par des immeubles d'habitation. Roger Hyvert, le fils du fondateur de la société Docor, prendra la succession. Ce dernier, également ingénieur civil des manufactures, se distinguera par ses très nombreuses études sur le patrimoine historique du département de l'Aude. Dans les pas de son illustre père, il prendra la présidence de la Société d'Etudes Scientifiques de l'Aude en 1937.

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© SESA

Roger Hyvert

(1901-1988)

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19/11/2015

L'histoire de la SOMECA (Société Méridionale de Caoutchouc)

Tout commence en 1925 quand Michel Talmier fait l'acquisition d'un terrain sur la rive gauche du Canal du midi, exactement à l'angle des rues Crozals et Pierre Sémard. C'est là qu'il fonde une usine de caoutchouc spécialisée dans le rechapage des pneus.

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Vue sur l'ancienne usine Talmier

À cette époque, les usines sont au coeur de la ville et indisposent sérieusement les riverains. L'allée d'Iéna est à deux pas de là, l'artère industrielle de la ville. C'est à cause d'un incendie dans ses entrepôts, que Michel Talmier est contraint - dix ans plus tard - de rechercher un nouvel emplacement pour son usine. Le choix va se porter en 1936 sur d'anciennes terres viticoles appartenant autrefois au domaine de St-Jean de Brucafel. À la sortie de la ville, en contrebas du Canal du midi et de la route Minervoise, les futurs bâtiments industriels seront bâtis à proximité du fleuve. Ceci pour plusieurs raisons : la première étant la grandeur de terrains s'étendant sur 9 hectares ; la seconde, la proximité avec le fleuve dont on pourra tirer une force hydraulique capable d'alimenter l'usine en l'électricité.

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La SOMECA en 1955

Les bâtiments s'étendent sur une superficie de 12000 m2. En bordure du fleuve, Michel Talmier utilise et agrandit le béal qui, au XIXe siècle, acheminait l'eau vers la minoterie de St-Jean.

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© Jacques Blanco

Le béal vers la centrale

Il le coupe à la hauteur d'une petite centrale électrique qu'il fait bâtir au-dessus de celui-ci.

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© Jacques Blanco

La centrale électrique ci-dessus possédait une turbine installée en 1939. 

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À son niveau, le coursier de fuite rejetait l'eau dans l'Aude. L'électricité produite par cette centrale n'étant pas suffisante pour faire tourner l'ensemble de l'usine, un contrat fut conclu avec la SMTF (Société Méridionale de Transport de Force).

La production

En 1964, ce sont près de 500 employés qui travaillent à la SOMECA. Elle tournait de jour et de nuit grâce au système d'organisation du travail des trois-huit. Comme me l'a indiqué M. Jacques Talmier, l'usine recyclait du caoutchouc provenant de pneus usagers. Des "ramasseurs" comme les "pellarots" pour les chiffons, étaient rémunérés pour cela. Ces vieux pneus réduits en poudrette se retrouvaient ensuite à nouveau traités par vulcanisation à 200°, afin d'être transformés pour divers équipements automobiles : pédales de frein, tapis, déflecteurs, joints, butoirs pour pare-chocs, etc.

Le déclin

Au temps fort de l'activité industrielle, la SOMECA fournissait comme sous-traitant l'ensemble des marques automobiles françaises (Peugeot, Simca, Citroën et Renault) ; à étranger, notons Fiat et Volkswagen. Concurrencé par le PVC, le regroupement et la disparition de plusieurs marques dans un secteur mondialisé, la SOMECA vit ses effectifs fondre durant les années 70. En 1981, l'usine jusque-là familiale passe sous contrôle du groupe Hutchinson, avant d'être mise en redressement judiciaire en 1997. C'est alors que les société Stankiewitcz, filiale du groupe allemand Phoenix, se propose de reprendre l'usine avec 80 des 93 salariés. Finalement, le projet n'est pas accepté par le conseil de surveillance du groupe. La SOMECA est rachetée en 1999 par ELASTISOL de Montauban, spécialisée dans les équipements sportifs et aires de jeux et conserve 25 emplois.

Les hangars de l'ancienne usine ont été achetés par M. Yves Feres et loués comme entrepôts. En 2011, le propriétaire annonce dans la presse la mutation de la SOMECA en un ensemble ludique et économique. Il a pour projet la construction d'un centre de congrès, une salle de spectacle, une zone commerciale, etc. Le tout financé entièrement par des fonds privés. Il semblerait que l'aire de grand passage réalisée par la Communauté d'agglomération un peu plus loin, ait enterrée définitivement un projet porteur pour la ville.

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La cheminée de l'usine

Crédit photos

Collection Martial Andrieu

Un grand merci à J. Blanco qui a pu obtenir les autorisations permettant d'accéder à la centrale électrique.

Sources

M. Jacques Talmier que je remercie

La dépêche / C. Marquié / 2014

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10/11/2015

À la découverte du barrage oublié et des usines de Saint-Jean

Il suffit parfois de peu d'éléments pour tirer le fil de l'histoire... Dans ce cas précis, il s'agit d'une vieille photographie jaunie par le temps qui ne comportait que l'inscription manuscrite suivante : Prise de Saint-Jean, 28 mai 1900. N'étant pas sur place, j'ai aussitôt mis sur les rangs Jacques Blanco, le secrétaire des Amis de la Ville et de la Cité. Il s'est tout naturellement dirigé vers les anciennes usines de Saint-Jean en contrebas de la route minervoise, près de l'ancienne SOMECA. La photographie en poche, il n'a pas eu de mal à retrouver ce lieu, resté par chance quasi intact depuis plus d'un siècle. Il recueille les premières informations du terrain grâce au locataire de la maison appartenant à un propriétaire ariégeois ; il prend également des photographies. De mon côté, je tente de rechercher sur l'annuaire le numéro de téléphone de ce monsieur, dans l'espoir qu'il puisse nous apporter des informations sur l'histoire de ce barrage. Les personnes ne souhaitent pas toujours collaborer, mais là, je suis tombé par chance sur un amoureux des vieilles pierres. Lorsqu'il acheta ce site, la maison attenante était en mauvais état. À grands frais il la remonta, sans toucher à son aspect d'autrefois. Il m'expliqua alors ce qu'il savait sur l'origine de cette prise d'eau et me promit de m'envoyer de vieux documents. Ce qu'il fit un mois plus tard. Nous voilà donc aujourd'hui en mesure de vous présenter le fruit d'un travail inédit, réalisé de concert avec un homme de terrain qui a vu couler beaucoup d'eau et, un homme de grimoires qui a vu couler beaucoup d'encres...

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Le 28 mai 1900, les descendants de la famille Dupré se font photographier sur le petit pont surplombant le béal de la prise d'eau de Saint-Jean. Si vous avez suivi l'article que j'avais rédigé sur la métairie de Saint-Jean de Brucafel, vous savez que l'ensemble des terres du domaine ont été partagées en deux, au moment du passage du Canal du midi dans Carcassonne en 1810.

 

La prise d'eau

 Pierre Paul Bilhard demanda l'autorisation de faire construire un canal de prise d'eau à la rive gauche de l'Aude et d'établir une machine hydraulique, destinée à élever les eaux nécessaires à l'irrigation de son domaine. Cette fonction servira également à faire tourner la minoterie de St-Jean. Une ordonnance en date du 26 janvier 1820 signée de Louis XVIII, Roi de France et de Navarre, lui en donne l'autorisation. Il s'agit de construire une prise d'eau destinée au mouvement de deux roues fixées par un même arbre, dont une à aubes et l'autres à augettes.

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Sur la gauche, nous apercevons la partie exposée sur la photo de 1900

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Cette prise d'eau sera composée de deux ouvertures formées par un portique voûté en plein cintre d'une largeur de 1 mètre, fermé par une vanne à vis ou à crochets. La crue de l'Aude le 25 octobre 1891 fit monter l'eau jusqu'au dessous de la voûte ; un niveau des crues le signale.

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Vannes de la prise d'eau

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Vue de la prise d'eau depuis la rive droite

Ces ouvertures seront soudées sur un radier en pierre de taille établi à un mètre en contrebas du niveau des eaux basses de l'Aude, et défendues à l'amont par deux murs de même maçonnerie, ayant chacun dix mètres de longueur et élevés sous 1/10 de fruit jusqu'au niveau des berges.

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Le canal de dérivation aura deux mètres de largeur au plafond, avec un talus d'une inclinaison de 45° établi au niveau du radier de prise d'eau, avec une pente de 0,5 millimètres par mètre jusqu'à celui du seuil des roues motrices. Il amènera l'eau à un moulin farinier, construit en 1823 par Paul Bilhard sur le nouveau cours du Fresquel. Cette rivière a été détournée lors de la construction du nouveau tracé du Canal du midi en 1810. Le moulin prenait l'eau au canal de dérivation venant de la prise de St-Jean pour faire trouver les meules, puis le rejetait via des coursiers de fuite dans le nouveau Fresquel.

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L'ancienne minoterie de St-Jean

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Les vestiges d'une meule

En 1836, Casimir Dupré succèdera à son beau-père et installera une scierie dans l'ancienne minoterie. Le sapin descendra par flottage par l'Aude. Le canal de dérivation sera alors agrandi afin de donner plus de puissance à la force hydraulique indispensable à la scierie. En 1936, la construction de l'usine de caoutchouc SOMECA se servira de l'ancien canal de dérivation de la prise d'eau de St-Jean pour faire tourner une petite centrale électrique. L'eau fera tourner les turbines ; elle sera rejetée via un coursier de fuite dans l'Aude, avec pour conséquences l'arrêt de l'alimentation en eau vers l'usine de Javel et l'ancienne minoterie en friche.

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Perdu dans la végétation, l'ancien canal de dérivation entre la centrale électrique de la SOMECA et la minoterie de St-Jean.

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La centrale électrique de la SOMECA construite par M. Talmier

Les obligations de l'ordonnance royale

Le concessionnaire devra faire fermer la vanne de prise d'eau toutes les fois que le service du flottage l'exigera, à peine de tous dommages et intérêts ; construire un aqueduc pour donner passage aux eaux de la rigole de sortie du pont aqueduc dit de Saint-Jean, dépendant du Canal du midi ; d'établir à ses frais une poutre sur tous les passages publics que le canal serait dans le cas de traverser et d'entretenir ces poutres en bon état.

 

Le barrage sur l'Aude

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Casimir Dupré (beau-fils de Paul Bilhard) obtient en 1836 la concession d'un barrage de 85 mètres de longueur sur l'Aude avec deux vannes d'un mètre 33 de largeur chacune. Le 10 février 1869, un acte notarial enregistré chez Me Bausil fixe les termes d'un échange entre Léo Dupré (fils de Casimir) et les propriétaires des terres du domaine de Bourriac, situé sur la rive droite du fleuve. Il est constaté que le barrage n'étant pas terminé puisque ne touchant pas l'autre rive, il occasionne la perte d'une grande quantité d'eau responsable de la corrosion des berges des terres de Bourriac. En conséquence :

"Mademoiselle Riscle et M. Prospère Cardes, au nom de son fils mineur, concèdent à M. Dupré le droit d'attacher son barrage à la propriété du domaine et la faculté de construire, en maçonnerie, sur la rive dépendant de cette propriété, une souche capable de retenir complètement les eaux de la rivière au niveau de son barrage."

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Pour ne pas éroder davantage la berge, M. Dupré fera prolonger son barrage perpendiculairement au cours de la rivière. Les propriétaires de Bourriac autorisent également M. Dupré à aller se servir en matériaux dans la carrière de pierre ouverte dans le domaine.

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En échange, il sera construit une échancrure ou prise d'eau rectangulaire de 70x40 cm et de 80 cm de hauteur, côté rive droite pour l'irrigation des terres de Bourriac.

Cette prise d'eau sera la tête du canal d'amené à construire par les enfants Cardes, qui conduira les eaux à une turbine placée à peu près à moitié distance du barrage et du ruisseau de la porte de fer.

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Maisonnette dans laquelle se trouvait la turbine

La turbine permettra l'irrigation au niveau du chemin de Carcassonne à Montredon ; soit 6 litres par seconde.

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Millésime de la construction

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Vue aérienne du barrage de St-Jean en 1948

 

Crédit photos

Jacques Blanco

avec l'aimable autorisation des propriétaires

Sources

Nous remercions vivement M. Strumia

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18/10/2015

L'usine de chaussures Raoul Pidoux

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Raoul Pidoux crée en 1954 une usine de fabrication de chaussures à Carcassonne. L'usine est construite dans la rue Fabre d'églantine (quartier du dôme) à l'endroit même où il y a quelques temps, était encore implantée l'imprimerie Bonnafous. À l'époque, l'entreprise Raoul Pidoux et fils employait 60 ouvriers pour une production de 4000 paires de chaussures d'enfant par jour. Chaque année pour l'anniversaire de la construction de l'usine, le patron organisait un cocktail et un bal pour l'ensemble du personnel.

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L'usine en construction en 1953

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L'ancienne usine en 2015

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Raoul Pidoux était également maroquinier et confectionnait des sacs à main. L'ensemble des cette production locale se vendait dans un magasin situé dans la rue de la gare.

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Raoul Pidoux était le père de Jean Pidoux qui effectua une brillante carrière à Paris au sein de la Société Générale. Homme de lettres, de musique et de peinture Jean Pidoux peut être considéré comme un talentueux multicarte de l'art sous toutes ses formes. Il est décédé en janvier 2012.

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© Nathalie Amen-Vals

Jean Pidoux et Janette, son épouse et professeur de danse de renommée internationale.

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